heros_bayard

Chaque mois, vos élèves retrouvent leurs héros préférés dans nos magazines. Comment ont-ils été inventés et qu’ont-ils de si particulier pour créer autant de complicité avec leurs jeunes lecteurs ? C’est toute une histoire… !

Qui sont nos héros ?

Nos héros portent-ils des valeurs héroïques ? Quand on se penche sur ceux de la petite enfance, on est vite tenté de répondre non ! Qui est moins héroïque que Petit Ours Brun ? Ses aventures consistent à mettre ses lacets, jouer avec le portable de sa maman, se relever en hurlant après s’être fait « un bobo ». Rien de chevaleresque ni la moindre trace de super-pouvoirs, apparemment.

J’ai relu récemment l’éditorial qui accompagnait sa première apparition dans Pomme d’Api en 1975. Tout son projet y était inscrit : dans sa force et sa modestie. On ne disait pas : « Attention, nous sommes en train de créer un héros fabuleux ! » On disait : « Regardons avec soin les enfants de 3 ans et faisons une place à cet âge important. Offrons-leur sous le regard de leurs parents l’occasion de revivre ces microscopiques aventures qui font leur vie, permettons-leur de faire monter à la conscience ces petits riens qu’ils affrontent quotidiennement. » C’est modeste, mais mois après mois avoir un peu plus conscience d’être soi, ce n’est pas rien.

Cynthia Fleury, philosophe qui a écrit La fin du courage, est venu nous parler récemment dans le cadre de l’université Bayard de ce qu’elle entendait par courage. Et, au risque de simplifier sa pensée, je la résumerais par « Le courage, c’est sortir du “on” indifférencié, devenir le sujet de sa vie. »

Évidemment ça ne se fait pas en un jour, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un écho de ce que nous souhaitons créer dans la relation de Petit Ours Brun à ses tout jeunes lecteurs. Les aider à devenir un peu plus chaque jour, les héros de leur propre vie.

Comment naissent nos héros ?

Il y a des naissances « programmées », et des naissances « inespérées ». SamSam, fait partie de ces naissances inespérées, cadeau d’un auteur qui nous confie son personnage. Je me souviens très bien du joli carnet en moleskine noir que Serge Bloch nous a tendu un jour de l’an 2000. Dans ses croquis, tout était en germe. SamPapa avait déjà ses épaules de rugbyman et SamMaman ses courbes de rêve !

Il y avait surtout cette idée qui nous a tout de suite enchantés : SamSam vivrait les situations et éprouverait les émotions d’un enfant de son âge, mais transposées dans le monde des superhéros ! SamSam cumulerait deux fonctions : héros d’identification et héros de projection, invitant les enfants à se rêver plus autonomes qu’ils ne le sont et à se fantasmer un avenir qui leur permettra de triompher de tous les monstres du quotidien ! Pipiolis, Excitators et autre Crocauchemar n’avaient plus qu’à bien se tenir.

Des héros qui répondent aux besoins des lecteurs

Polo dans Les Belles Histoires ou, plus récemment, les Aventuriers de l’intermonde dans Astrapi font partie de ces naissances que nous « programmons », pour répondre à un nouveau besoin que nous croyons déceler chez nos lecteurs. Besoin d’aventure très clairement exprimé par les lecteurs d’Astrapi. Besoin plus confus chez les lecteurs des Belles Histoires qui manifestaient un désir croissant de participer à la lecture, d’interagir avec le récit. Besoin exprimé par les parents, lors de nos rencontres « Faites-les rêver ! »

Cela a rejoint le désir de Régis Faller, qui portait en lui tout un univers de fantaisie, et Polo est né. Depuis, nous ne cessons de vérifier en classe la jubilation des enfants à raconter avec leurs mots ces récits sans parole, et à folâtrer dans ce monde où l’imagination peut tout changer.

Il est amusant de noter que la BD Tom-Tom et Nana fut une naissance déclenchée un peu in extremis, parce que, obnubilée par ses recherches sur le roman, l’équipe de J’aime lire en avait oublié qu’il fallait au moins trois rubriques dans le magazine.

Il est très vite apparu qu’il fallait trouver un espace de jubilation, de relâchement, de transgression pour compenser l’effort demandé par la lecture du roman. La forme de la BD s’est imposée, l’idée du restaurant est née… le talent des auteurs Jacqueline Cohen, bientôt rejointe par Évelyne Reberg pour le texte et Bernadette Després pour les illustrations a fait tout le reste.

Elles qui sont si rétives à donner des recettes, en revendiquent tout de même trois : « toujours partir de la vraie vie » « ne jamais se prendre au sérieux » et « prendre le parti des enfants ». Il semble qu’ils aient apprécié ce parti pris !

Car à la question « Qui décide que ce sont des héros ? » la réponse est implacable : ce sont les enfants, bien sûr ! Nos magazines organisent la rencontre, mais ce sont nos lecteurs qui les élisent ou non. Certains disparaissent, d’autres se déploient.

Qu’ils s’appellent Zouk, Ariol, Lulu, Tao, Anatole, ou Zélie, nous prenons soin d’eux pour qu’ils jouent au mieux leur partition auprès des enfants. Qu’ils les invitent à faire un pas de côté par l’imagination, l’humour, l’aventure ou l’introspection, c’est toujours pour mieux les ramener dans leur vie.

Comme l’évoquait Cynthia Fleury, « le héros est ce tiers qui permet de redéployer un regard sur le monde, un regard qui nous nourrit. »

Marie-Agnès Gaudrat, directrice éditoriale

Partager